Venezuela : Le con, le brut et le tyran

Mais quelle mouche a piqué Donald Trump pour aller attraper par le col le couple présidentiel du Venezuela et le ramener de force aux États-Unis, lui qui expulse par milliers des ressortissants latino-américains ? Il ne s’agit certainement pas là du concept de l’immigration choisie. Trump n’est pas seulement impulsif, mais il montre son caractère obsessionnel. Il a constamment parlé du Venezuela. Il n’a eu de cesse de nous dire tout le mal qu’il pense de son dirigeant, Nicolas Maduro, suivant cette logique : Trump est fort avec les faibles et faible avec les forts. Il a été embrasser Kim Jong Un, le dictateur nord-coréen, un dirigeant beaucoup plus sanguinaire que le successeur de Chavez. Il admire Vladimir Poutine, l’envahisseur de l’Ukraine et s’entoure de zélotes qui font le salut nazi. Il aime les virils et raille souvent la gente féminine. Maduro est faible parce qu’il a rendu son pays faible. Je parie que le président américain ne fera pas de même avec la Colombie voisine dotée d’une structure militaire plus puissante et d’une classe politique autrement plus vocale. 

Tel un prédateur assoiffé et dont le pays est un trou sans fin pour le pétrole, Trump n’a pas caché le fond de sa pensée. Il veut faire main basse sur le brut vénézuélien. Il n’est pas vrai que le trafic de drogue venant du Venezuela est le plus meurtrier pour les Américains. Ce qui les tue d’abord et davantage c’est le fentanyl venant de Chine et passant par le Mexique. Du coup, en suivant la logique trumpienne, le vrai « trafiquant » qui tue les Américains serait Xi Jinping. Pourquoi alors ne pas bombarder Pékin et aller chercher le locataire du complexe Zhongnanhai, résidence du dirigeant chinois ? Comme au temps du far west, Trump veut attraper d’abord et surtout les proies faciles, plus faibles que soi. Et comme au temps des conquêtes américaines, la recherche de la richesse était un justificatif à tous les écarts. 

Le tyran Maduro est déposé, en violation de toute règle de droit international. En agissant au Venezuela de la sorte, l’administration américaine s’est affranchie non seulement du droit régissant les relations internationales qui les obligent, mais aussi de la législation américaine. Pour entrer ou déclarer la guerre, le président est tenu constitutionnellement à demander l’autorisation du Congrès. Ce qui n’a pas été le cas. Trump n’en a cure. Encore une fois, ce ne sont pas de faibles sénateurs qui vont l’empêcher d’agir. 

Que dire à présent des réactions de ce côté-ci de l’Atlantique, en Europe notamment ? Visiblement, la France approuve l’opération américaine de déposer Maduro, tout comme l’Italie. L’Espagne propose ses services pour une médiation. Les condamnations étaient modérées voire inexistantes. Certes, Trump n’a que faire des prises de position des leaders européens, faibles aux yeux de son administration. La course à l’échalote et la danse du ventre auxquelles se livrent certains dirigeants européens pour le seul spectateur Trump en disent long sur l’impuissance des pays de l’Europe. Plus jamais, ils ne pourront dire à Poutine de respecter le droit international. Plus jamais, ils ne hausseront le ton devant des dirigeants expansionnistes. Il s’esquisse alors une nouvelle attitude que leur conseille un ancien premier ministre français. Étrangement, Gabriel Attal suggère aux européens de prendre des forces et, ni plus ni moins, de jouer au même jeu dangereux qui est dorénavant de mise dans ce désordre mondial : défendre ses intérêts en s’asseyant sur le droit international. La sagesse, la responsabilité et la vision semblent être les nouvelles victimes collatérales du trumpisme. Très inquiétant.

J’en suis là, parce que RFI !

(Exceptionnellement, à l’occasion des 50 ans de RFI, j’aborde autre chose que l’Amérique.)

Radio France Internationale (RFI) est quinquagénaire. C’est dire qu’elle aura accompagné toute ma vie. Parallèlement. Déjà à l’école primaire dans ma ville natale du sud-est de la Mauritanie, je l’avais imposée sur le poste radio familial à ondes courtes, en bidouillant et bloquant définitivement l’aiguille du récepteur sur sa fréquence kilo hertzienne. Je me réveillais et dormais avec Jacqueline Papet, Alain de Chalvron, Gérard Dreyfus, Philippe Leymarie et tant d’autres grands noms de la « radio africaine ». Je participais à tous les jeux pour auditeurs et fêtais à maintes reprises l’annonce de mon nom par l’animateur Jean-Pierre Charbonnier. 

RFI m’insuffla l’amour et la passion du journalisme. Et, c’est en toute logique que je suivis des études universitaires pour devenir journaliste. Installé en France et étudiant à l’Université de Bordeaux, c’est évidemment à RFI que j’accomplissais mon premier stage d’étudiant. J’arrive à la Maison de la Radio et tel un gamin devant ses idoles, il était inutile de me présenter mes futurs mentors. Je les saluais en les nommant, rien qu’en entendant leur voix. RFI fit mon premier employeur, avant d’entamer plus tard une carrière en télé et gravir les échelons dans le secteur des médias. J’en suis là, parce que RFI !

Puisque mémoires riment avec anecdotes, je vais en raconter une qui montre combien, toute ma vie, je serai reconnaissant à la Radio Mondiale. Très vite, après y avoir intégré la Rédaction Afrique, je suis désigné pour faire partie de l’équipe qui va couvrir le Sommet France Afrique à Biarritz, ennovembre 1994. Je suis sous les ordres de la très grande et brillante Madeleine Mukamabano pour l’épauler dans son émission « Le débat africain ». Nous interviewions pratiquement tous les Chefs d’États participants. Mais la star, le beau parleur, l’iconoclaste, l’imprévisible corrompu et corrupteur que tout le monde voulait approcher à cette occasion était le Président du Zaïre – l’actuelle RDC – Mobutu Sese Seko. Mais rien ne pouvait impressionner la belle Madeleine qui avait décroché un rendez-vous avec le dictateur aux tenues de léopard. Ordre nous est venu de son conseiller en communication, l’ancien journaliste de Jeune Afrique Sennen Andriamirado, d’être prêtspour une interview qui se déroulera un soir, après le dîner de son « Patron ». 

Madeleine et moi avions bien préparé nos dossiers et réparti les questions. « À toi, jeune débutant, les questions les plus dures ! », me dit Madeleine. « Il faut que nos Chefs d’États répondent à la jeune génération africaine. Qu’ont-ils fait pour nos pays, après vingt-cinq d’indépendance ? », conclut « Mado » avec conviction. Il était minuit bien passé quand l’envoyé du Général Mobutu tapa à la porte de la chambre d’hôtel où on attendait. L’interview se déroule dans la suite présidentielle, en présence de toute la délégation zaïroise dominée par des hommes en treillis. L’entretien se déroule assez normalement quand je pose une question sur les ardoises laissées par le dictateur dans les hôtels suisses : « Monsieur le président, non seulement on vous accuse de détournements de fonds mais aussi de ne pas payer vos factures dans les palaces suisses… ». Au milieu de mon interrogation, je sens mon corps léviter et une force me soulever de mon siège. C’était un des militaires qui me jette littéralement à la porte. Madeleine appuiemes arguments, argumente. Rien n’y fait. L’interview est arrêtée.Toutefois, notre technicien continue d’enregistrer et on entend clairement le démenti de Mobutu. Trois ans plus tard, à la mort du dictateur, ce passage sera rediffusé par RFI. Comme pour dire : Mobutu avait disparu mais pas l’impertinence sur la radio mondiale. J’en suis là, parce que RFI !

Moktar Gaouad

Homme de médias

Ancien journaliste à RFI

Ex-Rédacteur en Chef à TV5 et France24

Ex-Conseiller en Communication du Président de la BAD

Qui est Joe Biden, le nouveau président américain ?

Les États-Unis d’Amérique ont choisi Joe Biden pour devenir leur 46ème président. Ils ont mis fin au mandat de Donald Trump, un président qui aura tant exacerbé les divisions dans ce pays. Alors qui est Joe Biden ? En plongeant dans sa vie, on observe certes une carrière politique remplie, mais aussi une existence émaillée de tant d’épreuves personnelles et familiales qu’on pense davantage à la marche forcée d’un homme dont l’éclatant sourire cache beaucoup de souffrance. Joe Biden est le second catholique à accéder à la Maison Blanche, après un certain John Kennedy.

L’homme de toutes les épreuves

Joseph Robinette Biden Junior ou Joe Biden est né le 20 novembre 1942 dans l’État de Pennsylvanie. Au passage, Robinette est le nom de jeune fille de sa grand-mère paternelle, descendante d’immigrés huguenots français. La famille Biden est de la classe aisée de leur milieu local. Très vite, alors que Joe n’a pas encore dix ans, son père connaîtra plusieurs échecs professionnels qui l’obligeront à déménager toute la famille et à commencer une nouvelle vie dans l’État voisin du Delaware. Adolescence, études universitaires puis l’entame d’une carrière politique, Joe Biden va devenir pendant des décennies l’une des figures emblématiques de ce petit État coincé entre la Pennsylvanie et le Maryland. Le Delaware est connu aujourd’hui pour être un efficace paradis fiscal, situé pourtant à moins de deux heures en voiture de la capitale Washington. En 2008, quand il est choisi pour devenir vice-président de Barack Obama, il en était le sénateur. En quittant la Maison Blanche il y a plus de trois ans et demi, il clôturait déjà près de 50 ans d’engagement politique.

Sur le plan personnel, Joe Biden rencontre puis épouse en 1966 sa première femme alors qu’il était encore étudiant en droit à l’Université de Syracuse, dans l’État de New York. Six ans plus tard, un terrible accident de voiture emporte sa femme Neila et sa fille Naomi âgée d’un an. Ses deux garçons sont grièvement blessés mais survivront. Veuf à trente ans, il doit les élever tout seul alors qu’il vient juste d’être élu pour la première fois sénateur. Une célèbre photo le montre prêtant serment dans la chambre d’hôpital de ses deux garçons. 

Le consolateur en chef

La perte de sa femme et de sa fille est le début d’une série de dures épreuves personnelles pour Joe Biden. Dans un portrait que dresse de lui Michael Kruse dans Politico, le journaliste décrit comment « la souffrance est devenue la ’superpuissance’ de Joe Biden ». Kruse écrit : « Il n’y a aucune personne dans la sphère politique américaine dont la vie a été autant formatée par la douleur et la perte de ceux qui sont chers. La longue carrière politique de Biden a toujours été entourée de tragédie ». Ces épisodes douloureux vont donc faire de Joe Biden celui vers qui l’Amérique regarde en cas de malheur. Il saura réconforter, parler aux à ceux qui, dans une Amérique sur-armée et qui ne compte plus les fusillades, vont perdre un père, une mère ou un enfant. Par exemple, quand en 2012, dans la ville de Sandy Hook dans le Connecticut, 28 personnes dont 20 enfants sont massacrés, il est de ceux qui sont en charge de parler aux parents. Tous ceux à qui il parlera alors le reconnaitront : Biden sait de quoi il parle, tout simplement parce qu’il a eu lui-même une expérience aussi affreuse. Il sait, par son deuil passé, faire passer le message qu’il faut. On le surnommera même le « consolateur en chef ». Remarié avec une professeur d’anglais, Jill Jacobs, Joe Biden a eu une fille avec elle. Jill Biden sera de plusieurs combats auprès de lui, jusqu’au rôle de seconde dame pendant les deux mandats Obama – Biden. 

Un président normal

Joe Biden va connaître un autre drame familial en 2015. Son fils aîné Beau, qui avait survécu à l’accident de voiture de 1972 meurt d’un cancer du cerveau. Non seulement, Beau marchait sur les pas de son père pour faire de la politique mais était l’homme le plus proche de Joe. Le vice-président montre alors une résistance et une force qu’il dit avoir consolidées du deuil, après la mort de sa première femme et de sa fille, quarante trois ans plus tôt. Après son départ de la Maison Blanche en 2017, Biden va totalement  s’investir dans la lutte contre le cancer. Il récolte des fonds et finance des hôpitaux. Mais le bénévolat sera de courte durée. Il est poussé dès le début des primaires démocrates pour contrer les candidats du camp progressiste, les sénateurs Bernie Sanders et Elizabeth Warren. 

Les États-unis, dit-on à Joe Biden, ne sont pas prêts pour un président « socialiste ». « Aujourd’hui, l’Amérique a besoin de calme, de normalité», comme le dit l’historien et biographe des présidents, Jon Meacham. Tout au long de sa campagne pour cette élection, Biden n’aura de cesse de faire comprendre au peuple américain qu’il est ce président « normal », décent qui va apaiser, consoler un pays emporté dans un tourbillon politique « trumpien » sans précédent. Et pour cela, il y a cet homme qui sait de quoi il parle quand il s’agit de réconforter. Demandez aux centaines, sinon aux milliers de personnes meurtries, désespérées, souvent en deuil que sa voix douce et son ton lent ont calmées. Un antidote qu’il faudra administrer à haute dose à un pays également ravagé par l’épidémie du Coronavirus. L’échec du président sortant à y faire face est évident : le pays compte des centaines de milliers de morts et des millions de personnes infectées. Certes, l’Amérique a besoin d’être consolée, mais selon Joe Biden, elle a surtout besoin d’être guidée en ces moments. Mais pour qu’elle le soit, et comme le martèlent les porte-paroles du candidat, il faut d’abord qu’elle soit apaisée. Joe Biden aura 78 ans le 20 novembre prochain, deux mois jour pour jour avant qu’il ne revienne dans cette Maison Blanche qu’il a quittée il y a quatre ans.

Moktar Gaouad

Il n’y aura pas de guerre civile aux États-Unis

Dans son génial livre « Aux États-Unis d’Afrique » (oui, d’Afrique) publié il y a quelques années, mon ami l’écrivain djiboutien Adbourrahman Waberi imaginait une situation chaotique arrivant aux États-Unis d’Amérique. Des millions d’américains sont forcés à fuir leur pays. Plusieurs milliers arrivent par bateaux dans des pays africains et y demandent refuge. Dans ce livre-fiction, la Somalie, devenue prospère, est le pays qui a accueilli le plus de ces demandeurs d’asile. Devant cet afflux, les manifestations les plus hostiles ont lieu à Mogadiscio, aux cris de « US – Go Home! ». Bien heureusement, nous ne sommes pas dans ce cas de figure. Waberi est un adepte de la fiction utopique, mais qu’est-ce qui peut nous étonner encore du pays de l’Oncle Sam dans la réalité d’aujourd’hui ? Rien. Le pays est en campagne électorale et les projections le concernant sont devenues des plus alarmistes. Tenez, cette déclaration bien réelle du premier ministre canadien Justin Trudeau : « Nous espérons certainement tous une transition en douceur ou un résultat clair de l’élection ». Il demande à son gouvernement d’être prêt car « il pourrait y avoir certaines perturbations ». Trudeau parle bien des prochaines élections aux États-Unis d’Amérique et pas dans un pays du tiers-monde. Si le premier ministre du Canada tient des propos de la sorte, c’est qu’il est réellement inquiet pour son puissant voisin. 

De l’inquiétude à la pitié

Le monde entier est abasourdi par ce que vivent les États-Unis. Partout, les grandes plumes des plus prestigieux journaux, les diplomates, les centres de recherche, entre autres, ont fait état d’une inquiétude générée par les débuts du premier mandat du président Donald Trump. Aujourd’hui, de l’inquiétude beaucoup sont passés à un sentiment de pitié pour le pays. « Nous sommes désolés pour les États-Unis », titrait  récemment le NewYork Times dans un dossier consacré au regard que porte le monde sur la première puissance. Le monde tremble aussi, apeuré. Le monde est en alerte. Le monde est suspendu au résultat de l’élection présidentielle du 3 novembre prochain qui revêt un caractère historique. Y-aura-t-il un arrêt de l’ère Trump et un retour à la « normalité » du visage et de l’action du pays à la bannière étoilée ? Ou, au contraire, celui-ci donnera-t-il un autre mandat à ce président unique et inique qui gouverne dans l’intérêt d’une seule frange de la société ? L’élection sera, d’abord pour les américains eux-mêmes, l’occasion de conjurer une réelle menace sur leur démocratie. Donald Trump a bousculé tous les interdits et fait fi de la séparation des pouvoirs. Il donne instruction à son ministre de la justice de poursuivre ses opposants politiques. Il appelle ses supporters à harceler les médias et à agir contre les pouvoirs locaux, comme il l’a fait contre le gouverneur de l’État du Michigan. Il sème le doute sur la bonne tenue des votes, comme pour préparer le pays à une bataille juridique, en cas de défaite. C’est dire que le prochain scrutin sera la mère de toutes les élections. Crucial.

L’Amérique sauvée par ses institutions

S’il est vrai que la menace est bien réelle sur la démocratie américaine, il serait exagéré de dire que le pays basculera, après l’élection de novembre, dans des affrontements généralisés et encore moins dans la guerre civile.  Malgré toutes les projections pessimistes et quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, les États-Unis pourront compter sur la solidité de leurs institutions et la confiance que le pays place en elles. Un exemple : en dépit de l’assaut répété sur leur mode de scrutin, les américains votent actuellement en masse. Ils battent les records d’enregistrements sur les listes électorales. Ils gardent foi en leur Constitution. Le lendemain de l’élection présidentielle sera certes mouvementé. À coup sûr, les vaincus descendront dans la rue et  des affrontements épars sont à craindre. Des manifestations et des contre-manifestations se succéderont. Mais, encore une fois, il est peu probable qu’un embrasement généralisé résulte d’un processus électoral qui, malgré ses imperfections, a toujours garanti une alternance pacifique aux États-Unis. 

Trump, tout comme les médias jouent sur la peur. Lui, dans l’intérêt politique bien calculé de mobiliser ses électeurs en trouvant des bouc-émissaires selon un discours populiste peu original. Les médias eux, en captivant une audience dans la narration en boucle du discours sombre trumpien. Les chaînes de télé sont juste la caisse de résonance, souvent sans recul ni analyse, des insanités présidentielles. Pourtant, les journaux sérieux ne manquent pas. Mais, même confiné par l’épidémie du Coronavirus, l’américain moyen absorbe davantage ce qu’il voit à la télé ou sur les réseaux sociaux que les enquêtes fouillées du NewYork Times ou du Wall Street Journal. Par exemple, ceux qui ont été présentés dans tous les médias comme milices pro-Trump ne sont en fait que quelques centaines, au plus quelques milliers dans tout le pays. Parfois, tout un reportage est consacré à des « forces privées rétablissant l’ordre » dans telle ou telle ville, alors qu’il s’agit de quatre ou cinq hommes armés marchant dans une agglomération employant des centaines de policiers. Le fait divers est présenté comme une insurrection. Aussi, le moment venu, ces milices et ses « patrouilles privées » seront face à des gardes, polices voire une armée, toutes ces institutions qui croient en l’ordre garant de la stabilité et protecteur de chaque État fédéré et de l’interêt général. 

Oui, la société américaine est une société violente avec des problèmes structurels d’injustice et d’inégalités en tous genres. Ailleurs, ces ingrédients auront certainement généré des révolutions. Mais ici, c’est un pays complexe. Tout ce qui fait les grands titres aujourd’hui, ce pays l’a déjà vécu en pire. Le racisme ? On vient de périodes esclavagiste et ségrégationniste. Pauvreté ? Les chiffres prouvent sa réduction constante. Trump poursuivant ses opposants politiques ? Il y eut le maccarthysme du début des années 1950. Président haï et réélu ? George W. Bush. Non, il n’y aura pas de guerre civile après l’élection présidentielle du 3 novembre, juste un président réélu ou un autre élu. Avec certainement des protestations violentes. Mais, ça aussi, ici on connaît !

Moktar Gaouad

Que s’est-il passé hier en Amérique ?

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#Emploi. L’économie américaine n’arrive pas à engendrer une création soutenue d’emplois dans le pays. L’épidémie due au Covid-19 a eu pour conséquence une crise économique. La semaine dernière, 833 000 personnes additionnelles se sont inscrites au chômage. Depuis le mois de mars, sur les 22 millions d’emplois perdus aux États-Unis seulement 9 millions ont été recouvrés.

#Google. Le département de la justice américain serait sur le point de lancer une procédure anti-trust contre Google. Le ministère reproche au géant d’internet son monopole sur la recherche en ligne. Presque tous les États avaient déclaré leur intention de faire un procès contre Google. Trump et son ministre de la justice, William Barr, veulent montrer à l’opinion juste avant l’élection que l’actuelle administration n’a pas peur de s’attaquer aux géants de la technologie.

#Perdants. À chaque jour sa révélation. Selon la revue The Atlantic, Trump n’aime pas les militaires morts au combat. En visite à Paris en 2018, Trump aurait refusé de visiter un cimetière de soldats américains tombés lors de la première guerre mondiale. « Je n’aime pas les « losers » ou perdants », dit-il souvent à leur propos. Aussitôt après la publication de l’article, la Maison Blanche a publié un démenti catégorique.

#Héros. COVID s’attaque aux héros de #Hollywood. Dans les dernières vingt-quatre heures, le Coronavirus aura frappé Batman et The Rock. Batman alias Robert Pattinson et The Rock aka Dwayne Johnson ont tous les deux annoncé qu’ils ont été testés positifs au Coronavirus. Mais qui va sauver les EtatsUnis du virus ?

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#Vaccin. Les autorités sanitaires fédérales américaines demandent aux états d’être prêts pour la distribution, dès le mois de novembre, de vaccins contre le Covid-19. L’administration Trump pousse les laboratoires à accélérer la recherche à ce sujet et pense qu’une découverte d’un vaccin est imminente

#Biden. Le candidat démocrate à l’élection présidentielle Joe Biden se rendra jeudi dans la ville de Kenosha, dans le Wisconsin. Donald Trump s’y était rendu mardi. Cette ville est en proie à des manifestations et contre-manifestations suite aux blessures par balles d’un jeune noir par des policiers et la mort de deux personnes, tuées par un nationaliste blanc. Biden a été très critiqué pour n’avoir pas visité plus tôt ce lieu de protestations. 

#Débats. Nous savons à présent les dates des trois débats présidentiels entre Joe Biden et Donald Trump, ainsi que leurs modérateurs. Le premier sera modéré le 29 septembre par l’excellent journaliste de la chaîne Fox News, Chris Wallace. Le second le sera par un journaliste de la chaîne publique C-Span et le troisième par sa collègue de NBC. Un seul débat opposera les candidats à la vice-présidence.

#Dette. Le Congrès américain projette que dès l ‘année prochaine, la dette américaine dépassera la richesse du pays. La dette sera plus de 100% la valeur du produit national brut. Des pays développés, seuls le Japon et l’Italie ont une dette dépassant leur PNB. Le montant de la dette actuelle des États-unis est d’environ 21 trilliards de dollars.

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#Kenosha. Malgré l’opposition des autorités locales, le président Donald Trump a rendu visite ce mardi à la ville de Kenosha. Cette ville du Wisconsin est en proie à de vives protestations après que la police locale eut tiré sept balles sur un homme noir il y a quelques jours. Cet incident avait été suivi du meurtre de deux personnes par un nationaliste blanc. Kenosha est théâtre de manifestations contre les violences policières et de contre-manifestations. Le Wisconsin est l’un des états pivots que les candidats à l’élection de novembre prochain doivent impérativement gagner.

#Désinformation. La Russie serait encore en pleine action pour intervenir dans la campagne électorale de 2020. C’est l’avertissement émis par Facebook. La plateforme a annoncé que le FBI l’a mise en garde contre « une campagne de désinformation » orchestrée par Moscou. Ce serait le même groupe qui a agi en 2016 qui serait à l’œuvre aujourd’hui. 

#OMS. L’administration américaine a décidé de ne pas participer aux efforts coordonnés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour mettre en place un vaccin contre le Coronavirus. Plus de 170 pays sont en pourparlers dans cet effort. Trump et son gouvernement sont en conflit ouvert avec l’organisation qu’ils accusent de collusion avec la Chine, foyer de l’apparition du virus.

#Évictions. L’administration américaine interdit les expulsions des locataires qui ne peuvent plus payer les loyers de leur logement. Et ce, avec la crise économique due à l’épidémie du Coronavirus. Cette mesure sera applicable presque partout dans le pays et sera en vigueur jusqu’à la fin de l’année.

#NewYork. La ville de New York reporte sa rentrée des classes. Initialement prévue la semaine prochaine, la reprise a été déprogrammée au 21 septembre. Les enseignants menaçaient de faire grève, demandant du temps pour une meilleure préparation de la rentrée scolaire.

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« Et c’est ainsi que perd Biden »

Les sondages se suivent et se ressemblent. Ils donnent tous Donald Trump perdant en novembre prochain face à Joe Biden. Tout comme en été 2016, quand la candidate démocrate Hillary Clinton menait dans toutes les consultations pré-électorales. Il n’y a aucune raison de croire en des décomptes qui se sont largement discrédités il y a quatre ans et qui continuent d’utiliser quasiment les mêmes procédés. Il est loin d’être acquis que l’actuel président quittera la Maison Blanche en janvier prochain.  Rappelons que l’élection présidentielle américaine se fait au suffrage indirect et que remporter le vote populaire ne suffit pas pour être élu. 

Dans un pays si divisé, il est très probable que l’élection se jouera encore et comme d’habitude dans les swing states ou « États pivots » pour engranger un nombre suffisant de grands électeurs. En 2020, selon le site politique « FiveThirtyEight », tout se jouera dans le Wisconsin, la Caroline du nord, le Michigan et l’Arizona. En 2016, Donald Trump et ses conseillers avaient déjà tout misé sur les états indécis et ils continuent aujourd’hui dans leur stratégie. 

Lendemain de conventions

À deux mois de l’élection présidentielle, tout peut encore arriver. Pourtant, les conventions des deux camps se sont déroulées et les américains connaissent tout de leurs deux candidats. Le choix est clair. Il est entre la continuité d’une présidence qui a rompu avec tous les dogmes et bousculé tant de normes – même les plus saines dans toute démocratie – et un retour à une présidence « normale ». Pour les familiers du rugby, il s’agira soit de transformer un essai marqué quatre ans auparavant ou d’arrêter net une mêlée qui risque de tout emporter. Trump est ce mouvement incontrôlé et Biden est le refuge que visent ceux qui veulent échapper à la bourrasque. 

La semaine dernière, au lendemain de la convention républicaine, la très respectée revue « The Atlantic » titrait : « Et c’est ainsi que perd Biden ». Dans un long article consacré aux tensions sociales actuelles et à l’équation du maintien de l’ordre face aux protestations qui inévitablement apportent violence et destruction, le journaliste et dramaturge américain George Packer fait ce terrible constat à propos de Biden : « Rien ne peut nuire autant à une campagne que les voeux pieux, l’hésitation craintive ou la pure complaisance qui manquent de prendre en considération ce que les électeurs voient clairement ». George Packer détaille la contradiction chez les démocrates devant la question de l’ordre et la confusion qui est la leur sur bien des sujets. Enfin, il dénonce cet amalgame fait par la convention démocrate qui a intronisé Joe Biden : « La troisième nuit de la Convention était dominée par les mots et les images des manifestations, comme si l’ensemble des américains étaient des activistes ». Sous-entendu, les démocrates ont tort de croire que tous les électeurs se reconnaissent dans les mouvements de protestation actuels. À l’instar de la revue « The Atlantic », beaucoup d’observateurs ont reconnu que Donald Trump est sorti renforcé de ces deux semaines de conventions.

Election ouverte

Comment, avec tant de défiance à l’égard du système des équilibres de pouvoir américain, malgré une gestion calamiteuse de l’épidémie du Coronavirus et en dépit de l’exacerbation des tensions sociales, comment l’actuel président arrive-t-il à rester bien placé dans la course ?  Bien que destitué par la Chambre des représentants, Trump n’a pas sombré. Alors à quoi attribuer sa survie politique ? Les États-unis  sont dans une tourmente politique. Une large partie de la population blanche américaine croit que le pouvoir est en train de lui échapper. Ce n’est qu’une perception quand l’économie, la finance et tous les leviers du pouvoir politique, aussi bien au niveau local que fédéral, restent en grande majorité en leur possession. Trump l’a compris. Il sert cette perception à ses partisans. Il ne cache plus son jeu consistant à dresser ses supporters contre ceux qui, demain, les « dépouilleraient » d’un pouvoir qu’ils garderont quel que soit le résultat de la présidentielle du 3 novembre prochain. Mais il y a le fantasme, la peur entretenue par le camp de l’actuel président. Dans un pays où les mouvements migratoires sont sujets à toutes formes d’interprétation, ce point est essentiel. En face, les démocrates semblent tétanisés. Leur seule antienne est dorénavant de dénoncer « le jeu dangereux et les actes de division de Trump ». Cela suffira-t-il à faire perdre le candidat républicain ? 

Biden en pôle position et Trump en embuscade mais renforcé, tel est l’état de la course à la Maison Blanche en ce 1er septembre. C’est juste le snapchat du moment, alors que rien n’est définitif. L’élection reste très indécise. Et à ceux qui, surtout en dehors des États-unis, ont déjà enterré le milliardaire arrivé à la Maison Blanche en 2016 envers et contre toute attente, disons : pas si vite ! Ce pays est totalement imprévisible. Ce qui fait sens ailleurs ne le fait pas forcément ici. Et vice versa.

Moktar Gaouad.

Trump, le pyromane

Incontestablement, il a gagné la bataille médiatique. Inexorablement, il a imposé son agenda aux médias. Indiscutablement, il a su faire de ce qu’il est le sujet numéro un de nos préoccupations d’aujourd’hui. Incontestablement, c’est un as de la communication, un homme qui a du flair quand il faut détecter ce qui va retenir l’attention, ce qui va faire les grands titres des journaux et ce qui va être au centre de nos discussions, chez nous, chez nos gouvernants respectifs et même dans chacun de nos réseaux sociaux. Je parle ici de Donald Trump. Avouons-le, pas un jour où l’on ne s’est demandé « Qu’a-t-il encore dit ? » ou « Qu’a-t-il encore fait ? ». Il nous obsède tous, tout autant qu’il demeure pour lui-même son propre sujet d’obsession. 

Dans une époque où des tsunamis d’information en tous genres nous submergent quotidiennement, Trump a su se hisser dans le top. Il est acquis que le sujet n’a pas besoin de brillance pour conquérir cette place. Le non-sens, la bêtise, le mensonge, l’ignominie, la vulgarité sont autant de mauvaises caractéristiques qui ne disqualifient plus un discours. Trump use de sa maîtrise des médias pour vous servir un contenu de mauvais goût voire dangereux. Venant du président des États-unis, plus le message est indécent, plus l’acte est grotesque et plus l’écho qui en résulte sera grand. 

Armes de diversion massive

À l’ère où chaque personne, dans presque chaque coin du globe, dispose d’un minimum de moyen d’accéder à l’information, Trump est devenu LE sujet. De nos préoccupations ou de notre amusement. Non seulement, Trump a compris depuis longtemps ce jeu, mais il en a même fait son crédo et sa marque. Chez lui, aux États-unis, devant le torrent d’accusations et de soupçons dont il est l’objet, il en a fait son arme de diversion massive. Quand une actualité lui est très défavorable, il en crée une autre avec pour seul objectif de faire oublier la première. Tel un pyromane, il allume feu puis contre feu pour distraire. Et à chaque fois, les médias mordent. Ils tournent la page. Un exemple parlant : la semaine dernière, devant la publication des mauvais chiffres de l’économie américaine, Trump tweete sur sa volonté de « reporter l’élection présidentielle » de novembre prochain. Le président sait qu’il n’en a pas le pouvoir. Seul le Congrès, par le vote d’une nouvelle loi, peut le faire. L’organisation matérielle des élections est du ressort des États et non du gouvernement fédéral. Par un seul tweet, la presse et l’opinion ont mordu. Qui se rappelle avec précision du chiffre de la baisse du PIB américain dans le dernier trimestre ? Dans les faits, l’économie américaine est en récession, après une chute de près de 33% de sa richesse. Trump ne voulait pas que cela tourne en boucle, lui qui a fait de l’économie son point fort. De même, devant le flot ininterrompu des mauvaises nouvelles à propos de l’épidémie du Coronavirus aux États-unis et le lien qui y est fait avec l’incompétence de l’administration Trump, le président redouble d’imagination pour qu’on parle d’autre chose. Voici pour le cirque médiatique. Mais quand il s’agit de menaces sérieuses sur le fonctionnement démocratique, de louer les nationalistes blancs ou dénigrer les minorités, le maître communicant devient un pyromane dans le vrai sens du terme.

Menace de guerre civile 

Le président Trump est aujourd’hui dépeint comme le président d’une minorité de nationalistes blancs. D’anciens proches collaborateurs, comme son ancien avocat personnel, des membres de sa propre famille, comme sa nièce Mary Trump, ne s’embarrassent plus de le décrire comme « raciste » et utilisant une terminologie de la sorte. Tel un pyromane, il souffle sur les braises dans une société américaine aujourd’hui au bord de la rupture. 

À présent, ils sont nombreux à ne plus exclure un scénario catastrophe après l’élection du 3 novembre prochain. D’une simple contestation des résultats à la mobilisation de ses supporters pour une protestation musclée, on prédit qu’en cas de défaite, l’actuel président n’acceptera pas facilement sa défaite. L’ex-stratège de Barack Obama, David Axelrod demande aux américains de se préparer : « ce qui s’est passé entre Bush et Gore en 2000 paraîtra un ‘jardin d’innocence’, comparé à ce qui va se passer après la prochaine élection, si Trump perdait », dit-il. Une des plus grandes plumes du NewYork Times Maureen Dowd écrivait ceci le 1er août dernier : « Comme Macbeth, Trump a fait des erreurs tragiques et a plongé le pays dans un cauchemar ». Même les observateurs étrangers les plus mesurés de la politique américaine deviennent de plus en plus alarmistes. Dans une tribune publiée la semaine dernière dans l’hebdomadaire Le Point, l’ancien ambassadeur de France à Washington dénonçait « le populisme de Trump » et mettait en garde contre la menace d’une guerre civile. Devant tant de mises en garde, il est temps de prendre au sérieux les actes de l’actuel président des États-unis non pas contre un autre peuple ou un autre pays, mais bien contre les siens.

Moktar Gaouad

Que s’est-il passé hier en Amérique ?

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#Covid-19. La barre des 4 millions de cas positifs au Coronavirus a été dépassée aux États-Unis. Plus de 144 000 morts et une épidémie hors de contrôle avec des conséquences politiques sur la prochaine élection présidentielle. Le sud et l’ouest du pays sont aujourd’hui les plus touchés.

#Campagne. Conséquence donc de la crise du Coronavirus, Trump annule la prochaine convention républicaine qui aurait dû l’introniser officiellement comme candidat. «Ce n’est pas le moment », dit-il. Avec l’épidémie du Covid-19 , il dit qu’il s’adressera d’une autre manière aux militants.

#Poutine. La Maison Blanche annonce que le président a eu ce jeudi une conversation téléphonique avec le président russe Vladimir Poutine. Selon le communiqué, les deux hommes ont parlé du combat contre le Covid-19, de l’économie mondiale et du désarmement. Le sujet des paiements russes supposés pour tuer des soldats américains en Afghanistan n’aurait donc pas été évoqué.

#Cohen. Un juge ordonne la mise en liberté de l’ex-avocat personnel de Donald Trump, Michael Cohen. Il avait été remis en prison alors que pour les raisons du Coronavirus, on l’avait assigné à résidence. Aux yeux du juge, renvoyer l’avocat en prison a pour objectif de l’empêcher d’écrire son livre sur l’actuel président.

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