Les poupées russes de Donald Trump

Donald Trump fête ce dimanche 14 juin ses 74 ans. À cette occasion, les réseaux sociaux ont encore été inondés de posts, d’un côté, de la part de ses partisans pour le célébrer et, de l’autre, venant de ses opposants pour le haïr. Que n’a-t-on écrit et dit sur Donald Trump ? Des biographies, des milliers d’enquêtes de journalistes, une couverture non-stop de ses faits et gestes, des médias diffusant en direct l’ensemble de ses discours, des compte-rendus de la part de procureurs à ses trousses, des révélations en veux-tu en voilà sur ses années à la présidence, sur les plaintes et les procès contre sa personne, contre ses enfants et ses entreprises…etc. Et pourtant, on en découvre tous les jours sur Trump. L’homme d’affaires devenu président des États-unis est un personnage complexe. Mais, une plongée dans cet océan géant d’informations permet de tirer quelques traits significatifs du caractère et du fonctionnement de l’homme le plus puissant du monde.

L’un des biographes de Trump, Michael D’Antonio, écrit ceci : « Donald Trump n’est jamais juste ce que vous observez en surface. C’est un maître manipulateur, (…), qui garde ses vraies intentions pour lui-même ». Le magazine NewYorker consacrait le mois dernier un article entier à « la capacité trumpienne à créer de la confusion et du désordre ». Pour quoi faire ? « Trump semble n’avoir qu’une seule idée fixe et c’est à propos de sa propre grandeur », conclut David Remnick, le patron du NewYorker. Ces deux observations permettent d’évoquer une interrogation cruciale. Une question que se posent aussi bien les américains que les observateurs internationaux et qui est : comment ce « maître manipulateur » obsédé par « sa propre grandeur » arrive-t-il à se détacher de son regard nombriliste pour diriger un pays dont le monde observe les prises de position officielles pour agir, dont l’omnipotence est bien réelle et la puissance économique et militaire toujours crainte ? Comment, sur le plan national, Donald Trump dépasse-t-il ses intérêts personnels pour aborder les sujets et problèmes de la société américaine toute entière ? Tel un mécanisme de poupées russes, l’action de Donald Trump est à voir sur plusieurs couches. Tel un oignon, différents niveaux composent l’agissement de l’actuel président des États-unis.

America First

L’Amérique d’abord. Ce cri lancé par Trump dès le premier jour de sa présidence a l’intelligence de la simplicité. Jusqu’à présent, Trump et son cabinet ont projeté au monde ce leitmotiv comme donnée diplomatique de leur politique internationale. Trump a sommé le reste de la planète à faire avec. Et c’est là une première projection de la vision trumpienne des choses : dans un maelström de relations compliquées, le principe de base pour l’administration américaine est dorénavant « les Etats-unis d’abord ! ». Cela va conduire le pays à se détacher des dossiers où il ne trouverait rien de bénéfique dans l’immédiat. On observe ici la stratégie d’un homme d’affaires qui voit d’abord les intérêts à très court terme. Résumons : Trump a projeté au monde très clairement cette stratégie America First et le monde l’a bien compris. C’est une première couche, la plus grande des Matriochkas du dessein politique de l’actuel locataire de la Maison Blanche.

Si le monde a bien cerné la volonté trumpienne, il n’est pas sûr qu’au niveau national tous les citoyens américains soient persuadés que Trump travaille pour chacun d’entre eux. À l’échelle du pays, on a vite saisi que le slogan « L’Amérique d’abord » est au service d’une frange du pays. Deux exemples peuvent être cités à cet effet : la réforme fiscale de 2017, bénéfique essentiellement aux plus riches et les actions inégales du gouvernement fédéral face aux catastrophes naturelles ou sanitaires. La réduction d’impôts a permis aux grandes sociétés et à ses actionnaires d’économiser des centaines de milliards de dollars. 

Quand l’ouragan Maria a dévasté Porto Rico, territoire américain des Caraïbes, Trump avait fait montre de peu d’empressement pour accélérer l’aide gouvernementale. La crise du Covid-19 qui a tué jusqu’à présent près de 120 000 personnes aux États-unis, a fait plus de victimes dans les franges noire et hispanique de la population. Le 8 mai dernier, le très sérieux magazine The Atlantic titrait : « Le Coronavirus était une urgence jusqu’à ce que Trump découvre qui en mourait ». L’auteur de l’article Adam Serwer écrivait : « La pandémie a encore  exposé que certaines vies avaient plus de valeur que d’autres ». Sous-entendu que s’il y avait eu plus de victimes dans la population blanche, peut-être que le gouvernement aurait agi différemment. The Atlantic décrit ainsi la couche qui importe davantage à Donald Trump : les blancs d’Amérique. C’est la deuxième des poupées russes du monde de Trump qui se révèle à nous.

La vie est toujours pour survivre

Les tensions qui agitent actuellement la société américaine ont révélé tous les aspects du racisme institutionnalisé aux États-unis. Et Trump n’a rien fait pour calmer les esprits. D’abord dirigées contre la violence et le racisme de la police, les protestations se sont étendues à l’encontre du président lui-même. Ont alors resurgi toutes ses déclarations passées, hostiles aux minorités et passives face aux nationalistes blancs. 

La base électorale de Trump est donc à rechercher dans la population blanche, essentiellement parmi ceux qui n’ont pas fait d’études supérieures et dans les États intérieurs et du sud. Même s’ils comptent sur eux pour se faire réélire, l’ancien new-yorkais, ex-magnat de l’immobilier qui a toujours vécu parmi les milliardaires et les gens du show biz n’a rien en commun avec ceux qui constituent aujourd’hui l’assise de son électorat. Pis, il les détesterait. Howard Stern, la grande star aux multiples shows de radio et de télévision, connaît extrêmement bien Donald Trump. Ils étaient amis et Trump s’est confié à lui – en public et en privé – un nombre incalculable de fois. Il y a un mois, Stern disait ceci : « Ce qui est bizarre, c’est que les gens qu’il (Trump) déteste le plus sont ceux qui l’aiment le plus ». Il continue en s’adressant aux supporters de Trump ainsi : « Vous qui votez pour lui, la majeure partie de vous-là, il ne vous laisserait même pas rentrer dans ses hôtels. Vous le dégoûtez. Allez voir à Mar-a-Lago (hôtel de Trump en Floride, ndlr), regardez si vous trouverez des gens qui vous ressemblent ». En dépit de ce que dit Stern, cette base est bien la troisième couche de ce que nous projette l’action politique de Donald Trump.

Pas pour le reste du monde, pas pour toute la population américaine, pas non plus envers sa seule composante blanche, pas même pour tout son électorat républicain et surtout pas pour les membres de sa propre base électorale, mais au profit de qui agit Donald Trump et pour qui va son ultime sacrifice ? 

« La vie est toujours à propos de survivre.» est l’une des phrases fétiches de Donald Trump qui voit donc la vie comme une éternelle compétition. Et il est là pour gagner, pour sa « propre grandeur ». Peu importe tous les univers et peu importe les couches décrites ci-dessus, la seule strate qui compte pour le 45ème président des États-unis tourne autour de la personne de Donald Trump. Et ce n’est pas à 74 ans aujourd’hui, et embarqué dans la campagne pour sa réélection, qu’il chercherait à changer une lecture du monde et une stratégie qui lui ont permis d’abord de devenir milliardaire et puis de gagner, dès sa première tentative, l’élection présidentielle américaine. Pour Trump, « la vie est une permanente compétition » qu’il aime gagner. Et ça fait 74 ans que ça dure ! Sans sentiments. Sans morale.

Moktar Gaouad 

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