Mais quelle mouche a piqué Donald Trump pour aller attraper par le col le couple présidentiel du Venezuela et le ramener de force aux États-Unis, lui qui expulse par milliers des ressortissants latino-américains ? Il ne s’agit certainement pas là du concept de l’immigration choisie. Trump n’est pas seulement impulsif, mais il montre son caractère obsessionnel. Il a constamment parlé du Venezuela. Il n’a eu de cesse de nous dire tout le mal qu’il pense de son dirigeant, Nicolas Maduro, suivant cette logique : Trump est fort avec les faibles et faible avec les forts. Il a été embrasser Kim Jong Un, le dictateur nord-coréen, un dirigeant beaucoup plus sanguinaire que le successeur de Chavez. Il admire Vladimir Poutine, l’envahisseur de l’Ukraine et s’entoure de zélotes qui font le salut nazi. Il aime les virils et raille souvent la gente féminine. Maduro est faible parce qu’il a rendu son pays faible. Je parie que le président américain ne fera pas de même avec la Colombie voisine dotée d’une structure militaire plus puissante et d’une classe politique autrement plus vocale.
Tel un prédateur assoiffé et dont le pays est un trou sans fin pour le pétrole, Trump n’a pas caché le fond de sa pensée. Il veut faire main basse sur le brut vénézuélien. Il n’est pas vrai que le trafic de drogue venant du Venezuela est le plus meurtrier pour les Américains. Ce qui les tue d’abord et davantage c’est le fentanyl venant de Chine et passant par le Mexique. Du coup, en suivant la logique trumpienne, le vrai « trafiquant » qui tue les Américains serait Xi Jinping. Pourquoi alors ne pas bombarder Pékin et aller chercher le locataire du complexe Zhongnanhai, résidence du dirigeant chinois ? Comme au temps du far west, Trump veut attraper d’abord et surtout les proies faciles, plus faibles que soi. Et comme au temps des conquêtes américaines, la recherche de la richesse était un justificatif à tous les écarts.
Le tyran Maduro est déposé, en violation de toute règle de droit international. En agissant au Venezuela de la sorte, l’administration américaine s’est affranchie non seulement du droit régissant les relations internationales qui les obligent, mais aussi de la législation américaine. Pour entrer ou déclarer la guerre, le président est tenu constitutionnellement à demander l’autorisation du Congrès. Ce qui n’a pas été le cas. Trump n’en a cure. Encore une fois, ce ne sont pas de faibles sénateurs qui vont l’empêcher d’agir.
Que dire à présent des réactions de ce côté-ci de l’Atlantique, en Europe notamment ? Visiblement, la France approuve l’opération américaine de déposer Maduro, tout comme l’Italie. L’Espagne propose ses services pour une médiation. Les condamnations étaient modérées voire inexistantes. Certes, Trump n’a que faire des prises de position des leaders européens, faibles aux yeux de son administration. La course à l’échalote et la danse du ventre auxquelles se livrent certains dirigeants européens pour le seul spectateur Trump en disent long sur l’impuissance des pays de l’Europe. Plus jamais, ils ne pourront dire à Poutine de respecter le droit international. Plus jamais, ils ne hausseront le ton devant des dirigeants expansionnistes. Il s’esquisse alors une nouvelle attitude que leur conseille un ancien premier ministre français. Étrangement, Gabriel Attal suggère aux européens de prendre des forces et, ni plus ni moins, de jouer au même jeu dangereux qui est dorénavant de mise dans ce désordre mondial : défendre ses intérêts en s’asseyant sur le droit international. La sagesse, la responsabilité et la vision semblent être les nouvelles victimes collatérales du trumpisme. Très inquiétant.
En France, nous avons connu deux événements annonciateurs de ce basculement : L’action de notre président de la République en Libye puis la vague de soutien institutionnel qu’il a reçu après ses condamnations par la justice.
Nous pouvons nous prévaloir d’être le pays au monde qui a donné un exemple devant le monde entier de l’abandon de toute retenue et exemplarité, collective comme individuelle. Il faut dégainer son colt, tirer le premier et rester le plus rapide. L’humanité, après deux-cent cinquante ans de tentatives d’élévation morale, démontre que sa nature irrépressible est bien la cupidité, la violence et l’égoïsme.
La bête immonde sortie du ventre toujours fécond va prospérer et ni la littérature ni l’intelligence ne nous sauverons.
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